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ou un reportage sur d'un zombie en société

vendredi 1 octobre 2010

Interview Gilles Guerraz : brillante reconversion


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Gilles Guerraz, bonjour. Peux-tu te présenter pour ceux qui ont le malheur de ne pas te connaître ?

Bonjour, je m'appelle Gilles Guerraz, je suis réalisateur de fiction, clips, pubs et je suis très impatient de réaliser mon premier long métrage.


- Initialement dans l'informatique, il y a quelques années tu as décidé de tout arrêter pour devenir réalisateur. Peux-tu nous dire qu'est ce qui t'as poussé à prendre cette décision ?

Je travaillais dans l'informatique depuis quelques années lorsque certains de mes travaux de réalisation ont commencé à être diffusé en TV. En parallèle, on a commencé à me confier des projets de réalisation rémunérés, j'ai senti que c'était le moment de franchir le cap .


- Peux-tu nous raconter tes débuts dans la réalisation ?

Je suis arrivé assez tardivement à la réalisation, en 2004. Je venais de m'acheter un caméscope mini DV avec lequel je filmais des choses sans grand intérêt. Mes amis, ma famille, des choses au hasard, rien qui ne mérite de passer sur un banc de montage. Je sens alors en moi une vraie envie de filmer, sans arriver à organiser tout ça. Je propose d'improviser des trucs aux copains, mais ils ne sont guère convaincus et mes embryons de projets tombent rapidement à l'eau. Dans le même temps je mate des tonnes (à peu près TOUT ce que je peux trouver) de court métrages amateurs sur Internet. Je ne connaissais alors rien du tout à la réalisation.
Un beau jour, un de mes amis (Samy si tu nous lis) me parle d'un concours de court-métrages organisé par la marque SEGA. Le thème est : "la manipulation des médias".
Je commence alors à gratter des idées tous les jours dans le métro en allant au boulot et finis par aboutir à un scénario pas très bien finalisé (je n'ai pas encore de chute). Vu que je ne connais aucun comédien, je propose à un pote du boulot de tenir le rôle principal (rôle muet) et à un autre pote de tenir un rôle parlant. J'improvise le découpage sur le tournage, utilise les éclairages de mon appartement pour les scènes d'intérieur (bouh, c'est moche !) et enregistre le son sur le micro intégré du caméscope. Je monte fiévreusement mon court tout en découvrant Adobe Premiere et suis moyennement satisfait du résultat.
Je me décide néanmoins à diffuser mon court sur Internet où quelques critiques positives m'encouragent à persévérer. J'ai continué ensuite de plus belle, par l'intermédiaire des "Filmistes Associés", un collectif de réalisateurs. Nous nous réunissions tous les mois, pour choisir un thème à partir duquel chacun allait faire un film de 2 à 3mn. J'ai beaucoup appris durant cette période, autant en expérimentant dans mon coin, qu'en me frottant à des réalisateurs plus expérimentés que moi. Puis certains de mes travaux ont été diffusés en TV, d'autres ont gagné quelques prix en festivals et j'ai commencé à entrevoir la possibilité d'en faire un métier. Ça a été assez long, j'y songeait depuis 2005, j'ai fini par quitter l'informatique en 2008. Je suis aujourd'hui réalisateur professionnel dans le sens où c'est mon métier, ma principale activité.



- Quelles sont tes références, tes inspirations ?

J'en ai beaucoup, sans doute trop. J'ai des goûts assez larges, et je trouve des idées tant dans les classiques, que chez les cinéastes du Nouvel Hollywood, que chez les cinéastes contemporains, les séries Z ou les téléfilms de 2e partie de soirée. Mais s'il fallait citer quelques noms, je dirais que Alfred Hitchcock, Brian De Palma, Sergio Leone, Steven Spielberg, Jacques Audiard, James Grey ou encore Christopher Nolan sont de grandes sources d'inspiration pour moi.



- Estimes-tu qu'aujourd'hui, tout le monde peut techniquement réaliser et diffuser un court métrage ? Je pense aux DSLR, à internet, à la coproduction ...

Je pense que nous vivons une époque où il n'a jamais été aussi facile de faire de belles images et de les diffuser. Dans l'excellent "Le Nouvel Hollywood", Peter Biskind raconte combien il était difficile pour la génération de cinéastes US des années 70 (Coppola, Scorsese, Friedkin, Bogdanovitch, etc...) de faire un film. A l'époque, il n'y avait pas d'autres alternatives à la pellicule et à la sortie en salles pour faire un film qui soit vu.Il fallait donc littéralement harceler les personnes susceptibles de vous aider à mener votre projet à bien.
Aujourd'hui, il suffit d'acheter un appareil photo, de filmer avec, de monter les images sur son ordinateur personnel et de diffuser ça sur un tas de sites Internet.
Donc on peut dire que oui, aujourd'hui n'importe qui est potentiellement capable techniquement parlant de réaliser un film et le diffuser au plus grand nombre.



- Quelle est pour toi la partie la plus complexe de la réalisation ?

A mon avis, la réalisation est une succession d'étapes complexes dont la première, et probablement la plus grande, est la phase de conception. Que va t-on tourner ? Comment va t-on le tourner? Et pourquoi va t-on le tourner d'une manière plutôt qu'une autre ? Autant de questions auxquelles il est parfois délicat d'apporter une réponse définitive. Il n'est d'ailleurs pas rare de changer d'avis en cours de tournage, voire (mais c'est plus périlleux) au cours du montage.
Le tournage est ensuite une étape de gestion humaine et logistique. On s'en sort généralement bien lorsqu'on a su bien s'entourer, et lorsque la préparation a été exhaustive.
Le montage enfin, est une étape très délicate car tout peut encore changer radicalement. Un montage très inspiré peut littéralement sublimer une histoire, il s'agit donc d'une opération à forte valeur ajoutée.



- Quel est ton moteur, ta raison, quand tu fais un film ? En gros, pourquoi es tu réalisateur ?

A la base, je suis réalisateur par amour du cinéma. J'aime tellement le cinéma, que j'ai envie d'y participer. Lorsqu'une fête est excitante, on a envie d'y entrer.
Dans ma jeunesse, j'ai régulièrement eu des pulsions de "faire de l'image". J'écoutais une musique inspirante, plein d'images me venaient en tête, avec le fantasme fort de les accoucher. Lorsque je visionnais un film visuellement brillant, je me sentais comme en osmose avec ce que je voyais, porté par le désir inconscient mais euphorisant d'en avoir été l'auteur.
A mes débuts, j'ai essayé différents postes : cadreur, monteur, perchiste, assistant réalisateur, etc... Rien ne m'a procuré autant de plaisir que la réalisation.
Actuellement, je réalise pour gagner ma vie. C'est à dire que je cherche essentiellement des projets "de commande", sur lesquels je serai embauché. Ma motivation est alors de satisfaire les attentes du commanditaire en faisant le meilleur travail possible de la manière la plus professionnelle possible, et en apportant, autant que faire se peut, une petite touche personnelle. Mais mon désir de fond reste de réaliser un long métrage à partir d'une histoire pas forcément personnelle (je ne me sens pas scénariste dans l'âme), mais dans laquelle j'injecterai ma vision, ma sensibilité et mon point de vue.



- L'un de tes courts-métrages qui a bien fonctionné est Playgirl. Comment a-t-il vu le jour ? As tu des anecdotes ?

"Playgirl" a vu le jour dans le cadre du 48 hour film project dont le principe est le suivant : A travers le monde, des dizaines d'équipe se réunissent dans une ville (Paris dans notre cas), chaque équipe tire un genre au sort (comédie, western, polar, horreur, SF, etc...). Ensuite, les organisateurs imposent des éléments à chaque équipe : un personnage, une réplique ainsi qu'un objet. Nous avons tiré au sort "film de femmes". Ce non-genre nous a donné l'opportunité de mettre les pieds dans le plat, en concevant un personnage ouvertement mysandre, porté avec talent par la comédienne Sarah Suco. Elle s'est délectée des dialogues mitonnés aux petits oignons par Vincent Londez, auteur du scénario. Le film s'est mis à buzzer très vite sur le net, au point où lorsque les organisateurs du 48h film project nous ont demandé de le retirer du web, nous n'avons pas pu. Sa diffusion virale (sur Facebook essentiellement) nous avait complètement échappé.



- Quel est ton court préféré et pourquoi ?

J'ai visionné tellement de court-métrages qu'il m'est très difficile de répondre à cette question. Disons que ça change régulièrement. Récemment, j'ai été enchanté par le court métrage "I'm here" de Spike Jonze. Ça parle de robots qui tombent amoureux et étonnamment, j'ai trouvé ça très touchant.



- En tant que réalisateur, qu'est ce qui te manque aujourd'hui, que ce soit sur un plan technique, moral, humain ou structurel ?

Il me manque une seule chose : un scénario en béton armé. Dès que je l'aurai, j'ai le sentiment que rien ne pourra m'arrêter dans mon désir de le réaliser. J'irai faire le tour des productions françaises. Je le ferai traduire et irai voir à l'étranger s'il le faut. Et si personne n'est emballé (ce qui serait étonnant si le scénario est réellement "béton"), je suis prêt à le faire en low budget, armé d'un DSLR, d'une équipe réduite surmotivée, de beaucoup d'énergie et d'huile de coude.


- Récemment, tu es partis aux USA pour solliciter des productions américaines. Pourquoi ?

Je crois que j'ai bénéficié d'un certain "effet papillon".
En décembre 2009, j'ai décidé de participer à une compétition internationale du 48 hour film project. Le film ("Prebloc", que je te remercie d'avoir diffusé sur webmétrage) a remporté la compétition devant une soixantaine de films internationaux. Parmi le jury de cette compétition se trouvait un producteur basé à Los Angeles. Lorsqu'il m'a téléphoné pour me féliciter, je lui ai parlé de mon projet de long métrage. Il a eu l'air intéressé de le lire alors j'ai décidé de faire le voyage avec mon compère Vincent Londez, l'auteur du scénario. Nous sommes donc partis à Los Angeles au mois d'avril 2009 et nous avons rencontré le producteur en question qui a eu la gentillesse de nous recevoir pendant près de 3h dans son bureau ! Au final, nous n'avons rien signé avec lui, mais il s'est montré très enthousiaste vis à vis de notre travail et nous a encouragé à venir nous installer à Los Angeles.
Une décision qui demande réflexion.


- Vivre de la réalisation quand tu n'es pas Tarantino ou Woody Allen, tu y crois ?

Oui, des dizaines de milliers de réalisateurs à travers le monde vivent de leur métier. Il suffit juste de ne pas se limiter à la réalisation au cinéma. Tu peux vivre de la réalisation de films publicitaires, de clips musicaux, d'émissions TV, de téléfilms, de séries TV, de films d'entreprise, de films de mariage, etc... Je connais même des réalisateurs salariés à temps plein par des sociétés de production. Ils travaillent beaucoup, mais gagnent très bien leur vie.



- Quel est ton rêve cinématographique ?

Mon rêve cinématographique serait d'être un jour en position de réaliser un film à gros budget qui soit ambitieux, très bien écrit, irréprochable sur le plan de la technique et de l'interprétation, et qui respecte l'intelligence des spectateurs. Et s'il cartonne au box office, je serai encore plus content.



- Peux-tu nous parler de tes projets en cours ? Tout le monde en meurt d'envie !

Je viens de réaliser une pub TV pour Honda Jazz, que vous verrez à la télé au mois d'octobre. Je finalise un autre spot TV pour une Association de protection de l'enfance. Je prépare la réalisation de deux clips sur octobre et novembre. Et je songe de plus en plus à aller faire un séjour longue durée aux Etats-Unis, pour tenter ma chance dans la jungle impitoyable d'Hollywood.



- Un conseil à donner à un jeune réalisateur qui veut se lancer ?

Le meilleur conseil que je puisse donner, garanti 100% "no bullshit", c'est de tourner ! Prends une camera, un DSLR, un téléphone portable, n'importe quoi, et filme une histoire. Monte là sur ton ordinateur et vois le résultat. Montre le film à ton entourage, puis à des inconnus (sur des sites internet par exemple). Demande des avis à des gens dont tu respectes le travail. Lis les critiques et restes objectif. Nous vivons une époque où il est tellement facile de produire des images qu'il serait stupide de ne pas le faire lorsqu'on ambitionne de devenir réalisateur.
Bon courage à tous.


Encore merci à Gilles pour avoir joué le jeu.

Retrouvez Gilles Guerraz sur son blog :
http://www.faireounepasfairedecinema.com/

ou sur son site pro :
http://www.gillesguerraz.com/